Le symbolisme se
base toujours sur un rapport d'analogie ou de correspondance entre
l'élément subtil ou principiel qu'il s'agit
d'exprimer et
"l'image" graphique, verbale ou autre par laquelle on l'exprime. Ainsi,
le corps humain ne peut être autre chose qu'un symbole, comme
tout élément se présentant
à notre
observation. Il a un non seulement un langage par lequel il exprime
ses joies et ses souffrances, mais il est aussi lui-même un
langage en
soi de portée plus vaste.
En s'appuyant sur la Tradition et le symbolisme
hébraïque (à la source du symbolisme
chrétien), Annick de Souzenelle nous propose de lire le
corps humain, à savoir décrypter les formes
anatomiques
en leur restituant leur portée invisible aux yeux des
profanes.
Son travail se base sur l'Arbre des
Séphiroth
(Arbre de la
Tradition kabbaliste) car si l'homme est à l'image de Dieu,
l'image de son corps est le reflet terrestre de cet Arbre de vie dont
nous parle la tradition hébraïque. L'Arbre
séphirothique se trouve représenté par
trois
colonnes verticales. Chaque
Sephirah
est une "sphère"
dotée d'un sens symbolique :
L'Arbre des Sephiroth
Ce diagramme peut se lire de multiples
manières se liant entre elles. Nous mentionnerons ici les
deux
principales. Elles correspondent respectivement à une
lecture verticale et une lecture horizontale. La
première
découpe l'Arbre en trois colonnes. La colonne centrale
correspond corporellement à la colonne
vertébrale, tandis
que les deux autres, situées de part et d'autre de cet axe,
représentent les deux côtés
latéraux du
corps humain. Chacun de ces côtés à une
signification différente (la gauche est féminine,
yin, et
la droite masculine, yang). La colonne centrale synthétise
les
valeurs des deux colonnes latérales. Cette vision de l'Arbre
séphirothique, donc du corps humain, représente
ainsi les
développements des trois principes fondamentaux : le
principe
unificateur (sommet de la colonne centrale,
Kether), le
principe "passif",
féminin (sommet de la colonne de gauche,
Dinah) et le
principe "actif",
masculin (sommet de la colonne de droite,
Hockmah). Toutes
les
Sephiroth
situées sous ces principes décrivent un
état de
développement de ces derniers. Toute Sephirah sur un axe
procède de la
Sephirah
précédente et engendre la
suivante. Le second découpage s'effectue en prenant trois
étages s'empilant les uns sur les autres, qu'Annick de
Souzenelle a définis comme Avoir, Être et Devenir.
Comme
précédemment, chaque étage
supérieur forme
le principe de l'étage situé
immédiatement sous
lui. Les différentes
Sephiroth
se lient ainsi entre elles de
différentes manières, mais selon un principe
unique.
Chacune de ces divisions en trois parties reflète
en effet
à sa manière la distinction entre les trois
règnes
principiels : le Ciel, la Terre et l'Homme. Ceci se comprend dans la
mesure où macrocosme et microcosme se situent toujours en
analogie. Les trois parties, l'Avoir, L'Être et le Devenir
représentent symboliquement l'évolution physique
mais
également métaphysique de l'homme. Les deux se
correspondent, la nature (
physis)
reflétant ce qui la dépasse (
meta physis). Dans
son ouvrage,
Annick de Souzenelle décrit le corps en suivant ces trois
parties, de l'Avoir vers le Devenir, des pieds à la
tête,
ou encore selon la tradition hébraïque du Royaume (
Malkuth) vers la
Couronne (
Kether).
L'auteur relate
étape par étape la nature et la fonction subtile
qu'exprime chacun des organes à travers les grands mythes de
l'humanité. Ces mythes sont souvent dépourvus de
sens
métaphysique aux yeux des modernes et leur apparaissent
comme
des histoires absurdes, des "fables". Le grand mérite
d'Annick
de Souzenelle est de souvent les étudier avec finesse et
profondeur, loin des schémas conventionnels et
sclérosants. Elle les raccorde avec aisance au
découpage
du corps humain.
Nous distinguons
comme elle un sens puissant aux découpages en trois parties
du
corps humain, mais nous
émettons toutefois une réserve majeure s'agissant
des
noms
qu'elle accorde aux trois étages de l'Arbre
séphirothique
:
l'Avoir, l'Être et
le Devenir. Ces termes nous paraissent prêter à
confusion.
Le premier
degré correspond à la situation de
l'être
entraîné dans la Ronde des
existences, ne parvenant pas à retrouver son point central.
Le
terme
Avoir employé par Annick de Souzenelle ne paraît
pas
incorrect ici et
sa force suggestive semble suffisante. Croyant s'attacher,
posséder,
l'homme manque par là son but spirituel. La Tradition
extrême orientale
décrit
un tel personnage comme l'homme vulgaire, "l'homme du commun". Le
deuxième
étage correspond
à la situation de l'homme ayant
réintégré
le centre de son état, le
centre ordonnant son cycle d'existence. A partir de ce point, il
prépare son
élévation selon l'axe vertical (l'Arbre du
Milieu)
passant par ce
centre et le reliant à l'Unité. Il s'agit de
l'homme
véritable de la
Tradition chinoise. Un tel homme n'est pas encore
réintégré
effectivement à l'Unité, à
l'Être. Ici
apparaît l'ambiguïté du terme
"Être" choisi par Annick de Souzenelle. Enfin, le dernier
"étage" est
celui de l'homme élevé le long de l'axe et ayant
réintégré son
Principe. Cet homme est l'homme transcendant. Ici, le terme de devenir
risque de soulever une confusion :
réintégré
à son Principe, l'homme
n'est plus entraîné dans la Ronde des existences.
Dans
l'Être, dans
l'Unité et, au-delà, dans le Non Être
puis le
Principe,
il ne peut plus
y avoir le moindre devenir, ce dernier supposant une
dualité, un
point passé et un point futur. L'homme y a
retrouvé son
sens de
l'éternité, son "troisième oeil" (l'urna des hindous),
celui
synthétisant toute dualité. Le Devenir a
cessé
pour lui.
D'autres points
nous ont gênés, mais les
remarques n'enlèvent rien
à la qualité informative de l'ouvrage
proposé.
La lecture et la méditation de son contenu ouvre au lecteur
de
larges possibilités de compréhension de la
Tradition en
partant du connu vers l'inconnu. Quoi de plus banal que le corps humain
! Pourtant, quelle richesse symbolique contient-il ! La construction de
l'ouvrage répond adéquatement au processus de
Réalisation spirituelle de l'être humain.
Celle-ci, sauf
cas exceptionnels, part toujours de notre état connu, de ce
que
nous pouvons constater immédiatement. Le corps humain
constitue
à cet égard une base très digne
d'attention et
susceptible d'être évocatrice pour chacun d'entre
nous.
Puis, des apparences grossières, l'être
s'élève en pénétrant le
sens profond
contenu dans l'agencement et la fonction des organes. Il retrouve alors
la correspondance entre le plan grossier, corporel et les plans
supérieurs, domaines où s'épanouissent
alors ses
facultés. Le lecteur peut suivre pas à pas les
étapes de cette élévation, des pieds
à la
têtes, la seule donnant son sens à nos vies
jonchées d'épreuves et de difficultés.