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Les dangers de la divination
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L’opinion commune veut que
l’astrologie serve de moyen de prédiction (1).
Cet usage divinatoire de
l’astrologie n’est pas
accrédité par les traditions. En
témoigne, s’agissant de
l’astrologie occidentale, rattachée en dernier
lieu à la tradition chrétienne
(2),
le Deutéronome (18.10 et 18.11) :
« Qu'on ne trouve chez toi
personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui
exerce
le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de magicien,
d'enchanteur, personne
qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la
bonne aventure,
personne qui interroge les morts ». On ne saurait
être plus clair. Les
pratiques telles que le spiritisme (3), la magie et la divination sont
formellement proscrites. Il peut être intéressant
de voir certains des motifs
présidant à un tel rejet, motifs
fondés sur les dangers que présente la
prédiction pour ceux qui y recourent. Les
considérations qui vont suivre
paraîtront sans doute très dures à
certains. Nous tenons à signaler que nous ne
jugeons pas tel ou tel individu. Cependant, vu les dangers
présentés par la
pratique divinatoire, nous estimons nécessaire de formuler
les mises en garde
qui vont suivre.

Le yin représente la
tendance descendante ou plutôt celle attirant vers le bas, le
yang la
tendance ascendante, ou plutôt celle arrimant au
pôle supérieur, lequel
influence le bas. La notion de qualité dérive du yang
et son corrélatif,
la quantité, du yin (5). Yin et yang
étant susceptibles
d’interrelations en multiplicité
indéfinie, il peut être utile de
préciser la
combinaison décrivant le plus directement possible la
divination. Pour ce
faire, recourons au symbolisme astrologique lui-même. La
prédiction relève
essentiellement du signe zodiacal du Capricorne. Ce signe correspond au
yang
presque éteint,
« étouffé »
par le yin :

poinçonnées
au feu,
ceci provoquant des craquelures sur l’autre face. Ces
dernières étaient
interprétées pour délivrer un oracle
(scapulomancie). Les écailles,
protectrices, relèvent du Capricorne, tout comme la
démarche cognitive de la
Tortue, fondée sur l’amassement (7). L’ensemble se tient.
Les prédictions sont en effet le
plus souvent réclamées par des personnes en
état de faiblesse liée à une
situation de crise, à des craintes ou à des désirs envahissants. Le consultant non
prémuni est ainsi
placé dans une position de grande passivité, de
réceptivité, ce qui correspond
au yin.
En nous reportant au Zodiaque, nous voyons que le signe
opposé
au Capricorne, donc son opposé/complémentaire,
est celui
du Cancer. Ce dernier
symbolise l’ouverture. D’un
côté, nous
trouvons l’arrêt du destin (Capricorne)
signifié
par le consulté et, nécessairement vu la loi de
complémentarité, en face,
l’ouverture, la perméabilité du
consultant
(Cancer). Ainsi, le rigide, le
particulier viennent s’imprimer sur le souple et le
malléable.
Sans vouloir
rentrer dans des considérations techniques et symboliques
trop
poussées,
rappelons que le Capricorne, même si marqué par le
yin, demeure
fondamentalement yang et que le Cancer représente le yin
primordial dans
notre monde. Ainsi, la relation joue du Capricorne,
émetteur, au Cancer,
récepteur. Pour faire sentir la portée de ceci,
rappelons-nous que le
Capricorne forme le signe de la fin de cycle, du passé, et
que de ces derniers
dépendent les possibilités s’ouvrant
à nous dans le cycle suivant (Cancer), sur
lesquelles ils s’impriment (11). Nous voyons ainsi nettement la
nature de
l’emprise du consulté sur le consultant. En
recourant à des procédés
considérés
souvent par l’opinion commune comme
« magiques » (ce qui
n’est pas le
cas), la personne tend à conférer au produit de
la divination un caractère
supérieur, donc à se laisser
spontanément manipuler.
La
recherche de consultations
divinatoires correspond bien à la mentalité de
notre
temps. Habitué aux
solutions « presse-bouton »,
à la machine,
l’être humain moderne
recherche le moyen de résoudre ses problèmes en
faisant
appel à l’extérieur,
avec le moins d’efforts propres possibles. Quoi de plus
confortable en
apparence qu’un
« décret » tout
fixé qui nous portera là où
l’on veut
(ici réapparaît suggestion et auto-suggestion).
Extérieur, fatalité et tendance
à l’inertie (14) forment des analogues du yin
lorsqu’il en vient à
éclipser le yang. Combien il est facile
de tout reporter sur autrui,
plutôt que de fournir l’effort personnel de
compréhension permettant de
dépasser les circonstances ordinaires. La
prédiction signifie tout simplement
« dire avant qu’un
phénomène se produise ». Nous
sortons ici du
présent, du moment et du lieu où
l’activité de
l’être peut s’exercer et qui
réclame notre attention. Le présent forme le
moment central, celui réunissant
en lui le passé (comme cause) et l’avenir (en
germe). Or, se concentrer
signifie « être avec le
centre ». On conçoit sans peine la ruine
de
toute concentration qu’opère la divination.
L’individu recevant ou se livrant à
l’activité prédictive est ainsi
désaxé, hors de l’axe central. Ramana
Maharshi dit (L'enseignement de Ramana Maharshi, Albin Michel, page 525, n°547) :
Demandeur : Est-il mauvais de désirer quelque chose ?
Maharshi : On ne devrait pas se réjouir quand un désir est pleinement satisfait, ni se lamenter quand il est frustré. Se pâmer d’aise, parce qu’un désir a été exaucé, c’est tellement décevant. Tout gain sera perdu, tôt ou tard. Par conséquent, la joie de la satisfaction doit forcément céder la place à la souffrance, dans l’avenir. C’est pourquoi nul ne doit se laisser émouvoir par des sentiments de plaisir ou de douleur, quoi qu’il puisse arriver. Comment les événements peuvent-ils vous affecter ? Vous savez bien que vous ne grandissez pas en acquérant des richesses, et que vous ne rapetissez pas en les perdant. Vous restez ce que vous êtes depuis toujours.
Demandeur : Fort bien.
Mais les hommes, ici-bas, peuvent difficilement résister à leurs désirs.
Maharshi : On ne vous interdit pas d’éprouver des désirs, mais vous devez être préparé à toute éventualité. Il vous faut vous efforcer, sans vous attacher toutefois au résultat de vos efforts. Acceptez avec équanimité quoi qu’il arrive. Comprenez que le plaisir ou la douleur ne sont que de simples modifications de votre mental. Ils n’ont aucun rapport avec la réalité objective ».
Nous voyons des manifestations de ce « désaxage »
lié à la divination dans l’obsession mentale sur le contenu de la prédiction,
le bouillonnement interne finissant d’ailleurs par brouiller celui-ci, le
mental suivant des mouvements oscillants Ici apparaît plus
nettement le caractère
tout contraire à la spiritualité de la
divination, caractère à l’origine de
son
désaveu par toute tradition. Rappelons que ce dernier terme
signifie étymologiquement
et essentiellement
« transmission », depuis
l’Origine nécessairement
non humaine du monde. Le terme a
dégénéré au fil du temps
pour ne plus désigner
que de simples habitudes toutes humaines (15). Nous retrouvons cette
dégénérescence dans
l’appréhension de l’astrologie par les
modernes, laquelle
ne concerne plus – pour eux et seulement pour eux –
que la description de menus
faits particuliers. En quoi la simple connaissance
extérieure du
« décret »
s’appliquant à nous est-elle susceptible de nous
aider ?
Le manque de concentration pour le présent fait manquer
l’essentiel et le but
de connaissance, contre la spiritualité vraie.
de
multiples éléments s’intercalant entre
le point de départ et le point
d’arrivée. Observons qu’elle suscite des
débats sans fin car la raison, livrée
à elle-même (sans intelligence des principes, donc
sans intellectualité (18))
ne permet de s’établir nulle part. La
variabilité incessante des hypothèses de
la science moderne ne forme qu’une manifestation de cette
nature. Une
superstition désigne proprement « ce qui
subsiste après qu’on en ait perdu
le sens » (latin superstes). La
science traditionnelle des nombres,
que l’on retrouve par exemple sous l’aspect de la
« gématrie » dans
les traditions hébraïque et islamique, envisage ces
derniers sous leur face
qualitative. Les nombres n’ont en effet pas seulement une
face quantitative,
comme le croient les modernes affectés par la
mentalité de division
irréductible, mais également une face qualitative
permettant de servir de
support d’enseignement de la doctrine traditionnelle. La
science moderne,
réduisant tout à son aspect le plus quantitatif
possible, a voulu tirer des
nombres des moyens de deviner les tendances. Nous retrouvons ici son
caractère
fondamental : contrefaire la Tradition (le
« diable », celui qui
divise (19),
est le singe de Dieu). La science moderne imite la doctrine
traditionnelle en la travestissant, donc en en détruisant
l’aspect et les
possibilités supérieurs. Soulignons que
l’imitation est nécessairement le fait
de la science moderne, dans la mesure où
l’existence du modèle doit être
antérieure à celle de la copie. Nous ne nous
pencherons pas en détail sur les
méthodes divinatoires de la science moderne mais en
indiquerons simplement les
lignes directrices.
Chacun
aura
remarqué la
prolifération des « sondages
politiques ».
Ils sont régulièrement
présentés comme des
« clichés »
d’un
« état de
l’opinion »
à un moment donné, donc non décisifs
et non
nécessairement parlants pour
prédire l’élection elle-même.
Soulignons que
cette prise de position des
« scientifiques » est en fait
assez
récente. Certains échecs
récurrents qu’ont reçu ces
méthodes
statistiques ont en effet amené ses
promoteurs à plus de modestie. Que l’on se
souvienne de
leur arrogance passée.
Ces démentis réguliers ne les ont nullement
découragés dans la continuation de
leur activité prédictive,
présentée sous un
jour plus vicieux et,
paradoxalement, plus efficace. En effet, le bombardement intensif de
sondages
les plus divers, aux résultats des plus variables, finit
nécessairement par
créer des suggestions chez ceux qui les
reçoivent. Au
moment de voter effectivement,
beaucoup se décideront en fonction d’eux, soit par
exemple
contre le candidat
en tête et qui leur déplaît, soit en ne
se
déplaçant pas, tout paraissant joué,
etc. Or, l’on sait que les résultats des
élections
se jouent souvent sur des
déplacements assez faibles d’un
électorat
d’un camp à un autre. De plus, plus
subtilement, les sondages tendent à influencer la masse,
telle
une suggestion
collective analogue de celle du devin sur celui qui le
consulte :
y croire
amène à adapter son comportement au contenu de la
prédiction. La masse,
toujours en position réceptive, adapte
spontanément son
comportement au modèle
qui lui est présenté. Les raisons d’un
tel
bombardement de sondages proviennent
pour partie des médias, à la recherche
d’arguments
de vente pour appâter le
chaland, mais également pour partie des personnels
dirigeants
– visibles ou
dissimulés – désireux
d’influencer la foule
et le résultat des élections. La
boucle est bouclée : nous retrouvons finalement la
même mentalité à
l’œuvre que celui des astrologues
prédictifs. Les
extrêmes se rejoignent. Si
« les astres inclinent mais ne
déterminent
pas » pour certains
astrologues, pour les tenants de la science moderne, les
« sondages
inclinent mais ne déterminent pas ».
Reste que la
suggestion demeure puissante,
puisque plus subrepticement amenée. Les deux
procédés sont fondés sur les
poisons de l’ignorance et de l’avidité
(pas
nécessairement pécuniaire mais
également concernant la « glorification
du
moi » et le désir de
régenter autrui). Ce n’est nullement un hasard si
l’on retrouve dans les mêmes
revues des rubriques horoscopiques et
« sondagières ». Tout
ceci ne
peut aboutir qu’à un
déséquilibre de plus en
plus généralisé.
(1) René Guénon, traitant des sciences traditionnelles en général, notait : « de ces sciences traditionnelles, la plupart sont aujourd’hui complètement perdues pour les Occidentaux, et ils ne connaissent des autres que des débris plus ou moins informes, souvent dégénérés au point d’avoir pris le caractère de recettes empiriques ou de simples « arts divinatoires » » (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, éd. Gallimard, page 69). Retour au texte.
(2) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 5. Retour au texte.
(3) Voir : René Guénon, L’erreur spirite, Editions traditionnelles. Retour au texte.
(4) Sur le caractère quantitatif de l’époque moderne, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, Introduction générale. Retour au texte.
(5) Voir : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, éd. Gallimard, chapitres II et III. Retour au texte.
(6) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Ouranos. Retour au texte.
(7) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 6. Retour au texte.
(8) Cette « muraille » empêche également par ailleurs la fixation et la description détaillées de l’événement recherché lui-même. En effet, tant que ce dernier n’est pas survenu, il y subsiste nécessairement une part d’indétermination, d’inachevé : il n’est pas fixé, terminé dans toutes ses parties. C’est ainsi une illusion que de croire que tout peut être dit avant. L’événement peut être retracé seulement symboliquement, ce qui est bien l’essentiel de ce qui peut en être dit. Il faut attendre la fin du cycle de sa production pour être fixé (reprenons ici une expression courante qui en dit long). Le Capricorne, moment où le yin l’emporte sur le yang, est le signe de la fin d’un cycle et celui de l’individualisation la plus complète. Nous rejoignons ici le motif symbolique de la divination. Retour au texte.
(9) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Déterminisme, fatalité et liberté selon l’astrologie et la Tradition. Retour au texte.
(10) Nous voyons ici encore une fois se manifester la tendance moderne à l’analyse, au découpage artificiel et irréductible de situations en plusieurs morceaux (qu’on peut même qualifier de lambeaux), mentalité qui n’envisage que des objets d’étude séparés. Retour au texte.
(11) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, pages 165 et suivantes. Retour au texte.
(12) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 7. Retour au texte.
(13) Recueils retraçant le mouvement des planètes. Retour au texte.
(14) L’inertie complète ne se rencontre pas, l’essence de la vie étant le changement. Retour au texte.
(15) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, Introduction générale.. Retour au texte.
(16) Voir : René
Guénon, Le
Règne de la Quantité et les Signes des Temps,
éd. Gallimard, chapitre
XXXVII, La duperie des
« prophéties ». Retour au texte.
(17) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 6. Retour au texte.
(18) L’acte fondateur de la mentalité moderne a été celui de la confusion entre rationalité et intellectualité, au détriment de la seconde. Retour au texte.
(19) Du grec diabolos. Retour au texte.
(20) L’Eglise serait quelque peu mal venue à contester l’astrologie elle-même dans la mesure où sur nombre de ses édifices religieux figurent des Zodiaques… Voir, par exemple : G. Audebrand et I. Ravier, Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame. Retour au texte.